La vie des togolais : Portraits Da Amélé.

Da Amélé,la loméenne

Difficile de lui donner un âge. Les mauvaises langues la disent sur le mauvais versant de la trentaine. Elle est l’exception qui confirme la règle selon laquelle les filles, après 25 ans ne cherchent qu’à se caser. Casée, elle l’est. Ce qui dépend de ce que vous mettez dans casée. Un petit garçon de sept ans, fruit des ses amours sauvages d’étudiante. Qu’elle élève seule. La faute à sa demi-douzaine de petits copains d’université qui ont décliné un à un la paternité de cet adorable garçon. Entre celui qui avait peur de se faire couper les vivres par son père, celui qui dit n’avoir fait qu’un seul coup, ou encore celui qui était devenu inaccessible du jour au lendemain, elle s’est résignée à son sort. Les hommes sont mauvais est devenue son éternelle rengaine. Da Amélé en consommait pourtant sans modération. Plus besoin d’être à la solde d’un mec disait-elle . 

Une éducation d’église évangélique qui n’a pas empêché le petit copain vers 13 ans.

    « Féministe » diront certains. Un mot qui l’énerve au plus haut point. Elle se définit juste comme une femme, forte et qui s’assume. Dans tous les sens du terme. Pas besoin d’étiquette. C’est comme si on était consciente d’être faible et qu’il fallait transcender cet état pour aspirer à une certaine grandeur. Non non, Da Amélé n’aimait pas du tout ce terme qu’elle définissait d’ailleurs en termes crus que ma bonne éducation ne me permet pas de décrire ici. En regardant dans le miroir de son passé elle se sentait fière du chemin parcouru. Des parents plus ou moins aisés. Une éducation d’église évangélique qui n’a pas empêché le petit copain vers 13 ans. L’université sanctionnée par une licence en économie et son petit Hervé. Avant que le LMD ne vienne allonger les années pour les étudiants moyens ou sans repères. Ensuite malgré les relations de ses parents, elle dû rester pendant un an à la maison. Surtout avec sa haine envers la promotion canapé. Pas qu’elle eut froid aux yeux mais par pur principe.
Aussi quand un nouveau directeur, libanais, fit valoir son droit de cuissage sur Amélé au bout de trois ans de bons et loyaux services, celle-ci après une belle paire de gifles s’en alla ouvrir sa petite affaire de ventes d’accessoires de cuisine au marché d’Adawlato. Dieu merci les affaires allaient bien. Et elle pouvait enfin vivre selon ses désirs. Et en liberté. Employant trois jeunes qui autrement seraient encore dans les méandres pour l’un d’un village sans eau ni électricité, l’autre avec un beau père violent et une autre encore à la rue. Mais ceci est une autre histoire. Depuis bientôt deux ans, elle s’était offerte une mini villa vers un de ces nouveaux quartiers d’Adidogomé. Le rêve de tout jeune normalement constitué. On peut dire qu’Amélé gagnait bien sa vie et qu’elle avait cette indépendance financière qui reste pour beaucoup un mirage ici.

Avec ce niveau, vient toute une panoplie de distractions à condition d’être observateur et assez créatif dans ce Lomé pour trouver ses petits plaisirs de la vie. Laissez vos rêves de cinéma, de princesse etc. Amélé a su, elle dénicher les bons coins dont regorge la capitale et en profite. Ça fait longtemps qu’elle ne va plus à La Cour des Grands le weekend. Un endroit pour les petits joueurs, disait elle. Maintenant c’est les lounge bars, certains casinos et les bars des meilleurs hôtels de la ville. Les weekends, pas besoin de sortir. Son frigo à la maison étant toujours plein. Les bons plans du grand marché où on pouvait dénicher à un prix défiant toutes les publicités anti-alcool, les meilleures marques de vin ou de spiritueux. Une bonne femme loméene se doit de savoir où trouver les bons, whiskys pour son mari, les bons pagnes, les produits de beauté à l’origine parfois douteuse et surtout aux bons prix.

Les commerçants étrangers, principalement indiens, chinois et libanais, l’ayant appris de nos mamans comme Da Amélé l’ayant appris de sa mère à elle, fixaient toujours le prix d’une marchandise à vingt pour cent au dessus de sa réelle valeur. Habitude qui a finit par déteindre sur les comportements d’Amélé. Ce dans les autres aspects de sa vie. La frime. Elle était toujours la plus chèrement habillée de son groupe de filles. Selon ses dires. Ses amants, les plus beaux. Ses soirées, les plus belles etc. Mais comme vous le savez la vie des togolais est un masque perpétuel. Même pour ceux qui ont les moyens. Amélé à défaut des vrais Gucci, Channel et autres était toujours à la page « Sawui » de nos tontons du Sahel d’Assigamé.

La vie ce n’est pas Super Mario, où on possède deux ou trois vies.

En bonne mère elle passait toujours ses weekends avec son garçon pour ne pas en faire plus tard un ‘’mauvais’’. Vous voyez le genre .Encore heureux que quelques parcs d’attractions s’ouvrent ci et la en ville… Dans cette même philosophie, pas d’amants à la maison. Ce qui finalement faisait souvent ou parfois fuir les rares qui auraient voulu être sérieux avec elle. Il y a certaines blessures qui ne cicatrisent pas vite ou jamais. Un de ces sérieux prétendants, Soumaila, l’avait vraiment accrochée jusqu’à ce quelle sache que ce dernier avait la mauvaise tendance à être sérieux avec toutes les femmes et ce déjà avec deux avant elle, d’autant plus que sa religion le lui permettait. Evidemment Da Amélé a pris ses jambes à son cou et quand le petit Hervé, qui ne recevait plus ses dernières consoles, a eu les explications de sa maman celui s’est écriée Tonton Soumaila kpayé .

 

Sur le coup, Da Amélé n’avait rien compris, mais sidérée que son gosse puisse connaître des expressions à la mode qu’elle, pourtant au fait des nouveautés ne connaissait pas. Donc Dieu étant fort mais Youtube n’étant pas petit (déjà dix ans), le lendemain elle a su ce que donnait la chanson « Mkpayé » et s’en est fait un principe de vie. Ainsi c’est elle qui terminait avec ses copines, ses fringues, son style, ses virées dans les clubs chics de la capitale. Le must fut quand lors des ses vacances annuels à Abidjan, dans un club de cette ville la célèbre chanson est venue raffermir sa foi. La belle vie de Lomé se vendait bien à l’extérieur. Elle s’est vue du jour au lendemain une amie dans Adjoa, la nouvelle assistante de la banque où elle faisait régulièrement ses opérations, attirée justement par la même chanson qui était la sonnerie de téléphone de l’assistante.

La vie n’étant pas un long fleuve tranquille ici, un soir où au restaurant Les Petits Fours, Da Amélé attendait sa nouvelle amie (aussi originaire du même village qu’elle), celle ci se fait déposer par une Citroën qui repartit aussitôt en laissant la moitié de ses roues sur la chaussé. Ravie de trouver sa grande amie et sœur, Adjoa ne laissa pas Amélé s’épancher longuement sur la conduite agressive du chauffeur de la Citroën. Mais on ne la lui fait pas. Ainsi commençât-elle en commandant les plats à 500 francs de la maison:

 »Ma chérie, la vie ce n’est pas Super Mario, où on possède deux ou trois vies. Racontes moi tout et surtout pas de salades…. »

À suivre.

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