Musique (mise) en terre

       

  • À un demi-kilomètre des appâtâmes sous lequel il y a, à peine une heure, les visages sombre et placide l’assistance muette suivant les homélies,on pouvait entendre clairement les ‘’eledji galedji’’ dansants qui sortaient des grands hautparleurs. Drôle de musique. En oubliant un peu trop vite à mon avis le pourquoi ils étaient sur pied depuis deux jours déjà. N’étant pas impliqué cette fois ci j’ai pu analyser avec un regard plus ou moins neutre le répertoire musical lors des funérailles. Chez nous.
    Les kenyans se sont rassemblés au parc Uhuru de Nairobi pour rendre hommage aux victimes de l’attaque de l'université de Garissa. / Ben Curtis/AP
    Veillée funèbre kényane Ben Curtis/AP

     

Foncièrement et en général les funérailles ici se déroulent en trois manches. C’est vrai qu’on ne va pas  s’attarder sur les différents types de funérailles (chrétiens, animistes, musulmans, pauvres ou riches personnes âgées ou moins etc….). Revenons aux trois manches. : la veillée, la messe suivi de l’enterrement et la sortie de deuil  correspondant respectivement souvent à  vendredi, samedi et dimanche. Avant pendant et après la veillée, c’est une succession de chants religieux. Souvent plus lamentateurs les uns que les autres. Histoire d’expier les péchés du défunt ?ou encore de le conduire dans de bonnes dispositions à sa dernière demeure. Un peu rébarbatif sur les bords je trouve. C’est  quand même un peu le but je crois. Pour les moins religieux (d’autant que la musique est indissociable de nos cérémonies diverses ici) c’est des chansons dites légères empreints de philosophie et d’une certaine forme de spiritualité. Le genre qu’on écoute quand on a le cafard. Une façon de montrer sa tristesse. Les répertoires de King Mensah, Alognon Dégbevi ont la côte. On se remet à Dieu ou on devient philosophe.

Subitement la température monte le samedi matin surtout après la mise en terre. Et alors ? Et enfin. La vie continue s’entend-on dire. La musique se libère, on se déchaine un peu plus. Ça commence à parler (chanter) plus sur des rythmes dansants. La vie est belle, Dieu est grand, il faut faire avec ce qu’on a, l’amour, les plaisirs simples etc. Tels sont les différents sujets qui commencent à sortir. Une fois nous avons eu droit à un son parlant surtout d’un gars profitant de la vie…… avec l’héritage de ses parents. Ah il faut bien continuer par vivre. Et avec des moyens. Jusque ici rien de bien hot. La pression monte un peu plus pendant les repas. Ça doit swinguer après pour digérer….. le mort. Tout y passe. Du gospel, du coupé- décalé, du nigérian même si ce n’est pas l’afro beat, de la musique togolaise (à quoi rime cette musique de nos jours ?) du rap, des variétés etc…. le rapport n’est toujours pas forcement  établi entre ce que débite les platines et la cérémonie. Les mieux lotis vont de nos jours jusqu’à engager des DJ professionnels pour assurer le show…mortuaire. Bref on essaie à ce niveau de se libérer de toutes les tensions accumulées depuis le décès. L’on se relâche et on oublie un tant soit peu la tristesse, l’après pour la famille etc… L’alcool aussi n’est jamais bien loin.

célébration des funérailles dans l'ex-royaume Ashanti au Ghana
célébration des funérailles au Ghana

Dimanche, (de moins en moins) a défaut d’aller à la messe ou de se reposer on se prépare pour un dernier hommage. Cette fois ci spécialement en musique mais surtout traditionnelle. En uniforme de pagnes surtout et aux rythmes de divers instruments de musique de notre terroir tout le monde participe à sa façon à la fête. Akpesse, gazo, agbadja, bobobo etc…au sud, kamou,tchimou etc… au nord et. On resserre les liens culturels, familiaux aussi. On découvre un peu mieux une autre culture du pays. Entre autres tamtam, balafons, gong, flûtes, castagnettes etc…on refait son répertoire histoire d’épater un peu plus tard les parents  (surtout les beaux) et le important ne pour ne plus être muet les prochaines fois, au risque de paraitre acculturé. Pour les férus de la chose c’est le moment de montrer ses connaissances; d’autant que les festivals de musique traditionnelle se font de plus en plus rares. Se montrer plus autochtone plus que son voisin. En gros l’évolution de la musique lors de ces cérémonies démontre  d’abord une certaine piété lorsdu dernier voyage, ensuite une certaine façon de s’effacer devant l’inexplicable(ou la douleur), se dire qu’on s’en fout un peu et enfin un certain retour aux sources afin de redémarrer sur de nous nouvelles bases ou clore un chapitre. C’est ainsi pour moi. Et pour vous ?

 

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