L’hospitalité légendaire d’Afrique n’est pas un mythe

Ndi nami (bonjour en langue éwé). Il y a longtemps qu’on ne s’est plus vus ici. Comment allez vous ? Je vais bien. Pas de nouvelles, bonnes nouvelles, dit l’adage. (Faudrait que je cherche en éwé l’équivalent de cet adage). Je vous épargne les sarcasmes. Le français, quoi qu’on en dise, nous a réunis. Bloguer est aussi livrer un peu sur soi-même. À croire que cet exercice nous sert d’exutoire. Bref, je ferai un autre article sur mes états d’âme. Aujourd’hui je viens vous parler de l’hospitalité africaine.

Par un heureux hasard, je me suis retrouvé après le blog camp de cette année dans une localité du milieu du Togo, un dimanche soir. Installé avec quelques frères dans un de ces châteaux inhabités, construits sur le recel de deniers publics. Belle architecture, beaux meubles, belle cuisine… mais pas de bouffe. Pourtant mon ventre, pour ceux qui me connaissent, est légendaire. J’ai malgré tout quelques amis encore plus soucieux que moi de l’utilisation du verre adéquat pour boire du sodabi que de la pertinence du mouvement.

Donc en l’absence de bouffe, mes compères et moi sommes sortis dans cette bourgade de quelques 1 000 habitants à la recherche de quoi se remplir le gosier. Peine perdue. Résignés à rentrer le ventre vide et appréhendant la faim de la nuit avec stoïcisme, les ancêtres (village oblige) nous ont faim, enfin fait un clin d’œil. Une cafétéria s’est retrouvée sur notre route de retour.

Ventre affamé n’a point d’oreilles. Je dirai plutôt que ventre affamé améliore la vision. Je laisse à la postérité le soin d’enquêter sur ce qui relève d’un ventre repu ou d’une question existentielle dans cette assertion. Rebelote à la cafétéria, il n’y avait que du thé et des omelettes. Quel Africain normal ne souffrant ni de diabète, ni d’obésité et d’hypertension prend seulement du thé même si c’est accompagné de dix œufs, et s’endort la nuit ? Je vous vous vois venir bande de classe moyenne.
Quelle ne fut alors notre surprise quand du fond de notre déception, une voix suggéra à la tenancière de nous faire une pâte maison accompagnée de tomates, de poisson et de piment (ebessesi) et qu’elle accepta sans sourciller ! Un trublion s’est même permis de faire une mauvaise blague, demandant si son mari serait d’accord ou pas. On a retenu notre souffle pour qu’elle ne réponde pas par la négative ! La jalousie des mecs de nos bourgades est légendaire.

Quinze à vingt minutes plus tard, repas prêt. Apéritif au rendez-vous. Il y a longtemps que je n’ai pas mangé d’aussi bonne pâte. Sauce tomate sans additifs, ni bouillon. Préparée à la poêle de nos ancêtres. Sur du feu de bois.  Le goût, exquis. Un litre de sodabi passé à travers nos gorges. Et tout ceci accompagné d’un sourire non artificiel.
Ce soir là, j’ai recommencé à croire en l’Afrique. Et son hospitalité. Pas pour subir naïvement une fois encore la colonisation, l’esclavage et autres agressions, mais pour le partage de nos valeurs. Le vivre ensemble. Etc. Je sais, je sais. Depuis quand je commence à croire en ces valeurs ?

Pour éduquer la génération suivante et leur transmettre une certaine bonté du cœur dans un monde de plus en plus obscur et plein d’animosité, vivons simples. Profitons d’un bon repas. D’une bonne compagnie. D’un sourire. Allez où subsiste encore des traces d’africanité. Jetez votre condescendance au dehors et profitez de la vie. Pour vous même.

2 commentaires sur “L’hospitalité légendaire d’Afrique n’est pas un mythe

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *