L’Africain respecte son heure

Se donner mutuellement et de façon consensuelle l’heure pour finalement ne pas la respecter. Arriver en retard au travail, aux rendez-vous amoureux, à la messe, au restau, aux funérailles au parlement. Même les nouveaux nés ont pris la sale habitude de venir en retard. On lui paye une bière aussi il vient en retard. Loin Liverpool où Sakho se fait renvoyer pour retard à l’entrainement et manque d’assiduité horaire  à la cantine. Oui oui, il faut une heure pour manger. Décidément les habitudes ont la peau dure sur ce cher continent. « On se voit à dix heures? Pas l’heure africaine hein! » Djo à demain 8 heures, heure blanche stp. Et pourtant?  On est toujours sur la mauvaise pente. Et les aiguilles tournent.

Rien ne sert de courir. .
Rien ne sert de courir. .

Samedi soir, banlieue nord de Lomé, deux générations de personnes se sont donnes rendez-vous autour de plats fumants et de boissons pour célébrer  entres autres réussites au Bac et satisfaire leur soif de liquides alcoolisées. Histoire de s’enjailler un peu et de bien passer le weekend. De même que les résultats du bac venus très en retard, les invites bien évidemment n’ont pas voulu être du reste.  Aussi sont-ils venus des plus âgés aux plus jeunes avec respectivement trente minutes à trois heures de retard. Avec des écarts irréguliers. Ce qui est sur personne n’est venu à l’heure. Il y a eu le plus jeune qui est venu une heure  avant. Et celui qui vient deux heures après la fête. Il a eu le vin de palme du retard. A défaut de la palme tout court.

Disséquons un peu ces comportements. La vielle génération s’en tire le mieux. Je suis totalement d’accord qu’elle était et qu’elle est  plus disciplinée que celle-ci. Malveillants et hommes de peu de fois vous êtes ou vous serez si vous pensez un tout petit peu que la rigueur coloniale ou des dictatures en Afrique y sont pour quelque chose. Ils sont venus en retard de trente minutes et chose très importante ont prévenus du « léger retard ». « Léger retard », voilà un terme qui cause tant de dégâts. Finalement tout se prend à la légère. A cette allure, faudra juste prévenir la banque  d’un léger retard dans le payement du crédit et basta.

Ou  accuser un léger retard sur nos émergences respectives à l’horizon 2030. Léger retard sur les élections, les menstrues,  sur la mort, hein, le dernier c’est une bêtise Aussi bien que le léger retard est une légèreté pour l’ancienne génération, aussi la nouvelle en est dépourvue… Pire nous sommes le mauvais élève. Allez écouter les arguments. Je n’ai pas vite trouve le zem. Il y a eu coupure de courant,  c’est la faute à ma femme. Je me suis perdu (pourtant il vient là depuis un an). Ceci démontre un malaise profond. Une éducation en  panne. Malgré toutes les fessées reçues quand on était en retard au cours primaire me diriez-vous ?

Retard sur les menstrues.
Retard sur les menstrues.

C’est devenu tellement une habitude qu’on se permet d’arriver en retard à un entretien d’embauche. Dépassé la peur des fessées, qu’est ce qui peut motiver à ne pas venir en retard à son travail ou à être juste ponctuel dans sa vie ? Voilà la problématique de ce malaise. Le résultat ? La récompense ? Les sanctions ? Je penche pour cette dernière option. En 2014, Mamane était à Lomé pour un show commençant à 19 heures. Les tickets allant de 5 à 10 milles. Juste un tiers de ceux ayant acheté les tickets ont assisté au show, les autres l’ont vu partir aux alentours de 20 h 30. Dix mille francs CFA de tickets partis en fumée. J’en avais fait cadeau à une amie. Holà j’ai suivi le show moi … avec dix minutes de retard.

Le respect de son heure par l’africain a un cout, des conséquences. Baisse de la productivité, Baisse du pourcentage aux examens,  grossesses non désirées,  ralentissement économique etc… Tout ceci faisant rouler l’Afrique a son heure. Aussi quand d’autres viennent ici avec leur rythme ils nous dépassent forcement ou parfois se perdent. Ils nous dépassent le plus souvent. Ou nous tentons de les suivre.  Cette génération au contraire de l’ancienne court trop après le consumérisme. Sans avoir le temps de profiter des plaisirs simples. « Rien ne sert de courir, il faut partir à point » dit le dicton. Détrompez-vous, toutes les boissons et plats fumés ont été réduits ironie du sort, en un temps record.

Même si arriver tard, n’est pas arriver en retard ou l’inverse, et que dans plein de domaines l’endurance est préférable à la vitesse, le but reste le même : arriver à l’heure. L’africain d’aujourd’hui se doit de changer et ce radicalement.  Sinon que de choses  risquons-nous de rater?  À commencer par le développement de ce pays, de ce continent. Déjà qu’ici on donne rendez-vous à 2 ou 3 personnes à 8 heures sachant très bien qu’on ne les qu’à recevra à 9 heures. Et vive la pagaille si pour une fois (souvent maintenant) tout le monde vient à l’heure.  A cette allure nous risquons d’avoir un léger retard à renouveler la vie sur terre. Pour les enfants africains, leur futur, soyons à l’heure.

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