Dieu, le Noir

Dieu, le Noir

 

Avant tout je tiens à dire que je crois en l’existence de Dieu. Sous quelle forme ? Comment ?pourquoi ? Quels sont les enjeux de cette croyance ? J’ajouterai pour faire professeur, Quels sont les impacts sociaux politico économiques de la croyance en Dieu. Et j’espère qu’à la fin, si je n’ai pas ébranlé votre foi je vous dirais pourquoi je pense que Dieu est Noir et si non pourquoi il doit l’être.

 

Le dictionnaire m’a donné <<Etre surnaturel objet de déférence d’une religion>> comme première définition de Dieu. En écrivant cet article je me suis posé la question : mon Dieu (je me l’approprie parce que malheureusement chacun le voit à sa façon)  a quelle forme ? Un humain ? Un sexe ? Une image ? Il n’est pas humain (déjà que le français le met au masculin) pour parler de sexe. Une image peut être, toutes les images surement. Dieu ne saurait avoir une forme puisqu’ il est  supposé être surnaturel (au-dessus des possibilités de la nature).Autrement dit il ne prend aucune forme humainement connue. Il relève du supérieur à l’homme et même à  l’imaginaire de l’homme. Si je considère la science-fiction comme relevant de l’imaginaire d’humains, jusque ici nous n’avons aucune idée de la forme de cet être surnaturel donc autant arrêter de l’imaginer sous tel ou tel aspect. Dès lors j’incite les académiciens français à penser sérieusement lors de leurs prochains amendements à introduire un pronom neutre pour designer entre autres choses Dieu.

Toujours avec mon dictionnaire, il (faut que je commence à mettre ‘’i ‘’ au majuscule) doit faire  l’objet de déférence de la part d’une religion.  Autant de religions autant de dieux ou Dieux. On m’a appris à écrire un Dieu (avec ‘’D’’ majuscule) et des dieux (avec ’’d’’ minuscule). Comme il ne saurait exister en dehors d’une religion et considérant le nombre pléthorique des religions, je vous vois venir avec vos il y a deux ou trois grandes religions, comment conçois je alors l’existence de Dieu ?

Pour parler de Dieu, il faut d’abord croire en lui (on est fou ou on ne l’est pas) et croire surtout qu’il existe. Y croire comme une intelligence supérieure résultant du fait qu’il y a plusieurs choses qu’on ne s’explique pas encore. La science a beau évolué, robots en tout genre, exploration de nouveaux mondes si nouveaux il y ait, elle n’explique à mon avis que le comment ? Pas l’origine de ce comment. Ceci fera l’objet d’un autre article peut être. Y croire comme une entité garantissant la survie et la stabilité de l’ensemble humain-univers. Y croire plus important encore comme faitière de ce grand dualisme qu’est le bien et le mal, le bon et le mauvais etc. Les adeptes d’une troisième option m’en diront tant. Au-delà de ce comment qui relève plus de la foi que de l’utilisation du cerveau dont le  bon Dieu nous a doté, pourquoi je crois toujours qu’il existe ?

D’abord pour entretenir l’espoir. Espoir sans lequel cette vie en dessous de l’Equateur n’a  parfois pas trop de sens. Je ne suis pas fataliste, aussi ai-je besoin de croire qu’il y a quelque chose ou quelqu’un qui travaille d’une façon ou d’une autre à ce que mes efforts payent. Ensuite devant certaines situations de la vie, Dieu s’impose comme explication et je m’en contente. La conception de la vie, les situations inexplicables, la mort les avions humains africains etc. Et enfin deux dizaines d’années d’endoctrinement ne s’effaçant  pas d’un coup de baguette, je continue par prier (A qui ?), aller à la messe aussi souvent que je peux et parfois j’en parle encore aux autres. Mais plus de la même façon qu’avant. Maintenant je mets Dieu au centre de l’homme. Puisqu’il ne pas exister autrement. Il n’a d’ailleurs existé qu’à travers nous.

De même que l’homme a évolué dans sa conception des choses, Dieu a été sujet à de multiples enjeux au fil du temps. Ce qui en a laissé des conceptions différentes. Je suis d’accord avec un certain auteur qu’on a plus à apprendre (en particulier sur Dieu) dans  les musées que dans les lieux de religion (couvents, forets sacrées, églises, mosquées etc…).  J’espère que mes années de fac d’histoire m’excuseront quant aux versions que je donnerai ici de la conception qu’ont certains peuples ou certaines religions de Dieu. Et ceci au fil du temps. Soyez en sûrs, les conceptions changent. Du fait des enjeux.

Je commence par les grecs avec leurs multitudes de divinités. Presque chaque situation de la vie à un dieu propre à lui, même les sentiments en ont. Ils ont Zeus qui est au-dessus des autres. Qui peut à leur époque les convaincre du contraire ? L’empire romain qui a succédé à celui grec a eu le même développement avec beaucoup de similitudes. Dans l’histoire des religions on les qualifie de polythéistes. Une des plus grandes civilisations, celle égyptienne a eu un même système. Les divinités de la terre, de la mer (mami), de la foudre (hebiesso), les esprits des ancêtres en Afrique de l’Ouest sont dans la même lignée. On remarque malgré tout la présence d’un  dieu supérieur aux autres. Rê ou Ra chez les Égyptiens. Zeus (Jupiter pour les romains), dieu du ciel et maitre des dieux chez les grecs. ‘’Hunabku’’ père des dieux chez les mayas… Ils devraient  penser qu’un seul dieu ne pouvait tout faire ou tout contrôler. Aussi a-t-il besoin de subalternes, les anges diront les religions monothéistes, drôle  d’hypocrisie. Quand c’est bon et que ça nous arrange on dit les anges, dans le cas contraire c’est des démons, esprits maléfiques etc…. Sur quels critères se basent-t-on pour les classifier ? Le mois de mai étant toujours en cours, je me dois de citer la religion reggae avec un dieu lui assez connu Hailé Sélassié.

iemanja

Iemanja,une divinité aquatique d’origine africaine

Les romains  sont devenus chrétiens suite à l’annexion de contrées juives. Quelle lecture j’en fais ? Le judaïsme était déjà en conflit avec le christianisme. Judaïsme qui se réserve l’exclusivité de Dieu qui aurait accordé ses préférences au peuple juif, christianisme qui parle d’universalité de Dieu. En théorie je crois qu’on est  moins coincé en christianisme que dans le judaïsme. L’envahisseur, sûrement du même avis que moi, ayant trouvé de bons préceptes dans la religion de cette contrée(les idées de Machiavel ne sont pas loin) a du faire des choix qui cadrent avec sa vision des choses. Dieu aime tout le monde, païens inclus. Apporter PARTOUT la bonne nouvelle. De belles idées qui peuvent servir. Et puis c’est insensé de devenirs pratiquant du judaïsme, un peuple que nous venons de conquérir. C’est mieux d’entretenir la division entre chrétiens et  juifs. Diviser pour mieux régner. Des considérations purement impérialistes. Rien à voir avec Dieu ou ses sentiments. Ainsi s’érigent les nouvelles religions et les nouvelles façons d’entrevoir Dieu.

Avant de parler des distensions entre l’Islam et le christianisme, voyons un peu les mouvements qui fourmillent à l’interne dans ces religions. L’Islam souffre de ce duel entre le wahhabisme sunnite et le chiisme. Le christianisme est l’une des religions les plus polythéistes au monde. En témoignent  le catholicisme, le protestantisme, l’église copte, l’Eglise orthodoxe, les évangéliques sans oublier les nombreuses obédiences chrétiennes africaines. Pour revenir au duel christianisme-islam, on  se rend compte que tous disent adorer le même Dieu mais avec des prophètes différents. Il se pose alors une question d’intermédiaires. Quelque part nous reconnaissons tous l’existence de ce Dieu mais vu nos différents, nos histoires, autant se l’approprier et ainsi atteindre aisément nos ambitions. Dieu déjà surnaturel devient ainsi culturel. Au lieu de s’affronter comme des soldats un point un trait, on cherche par des contorsions et des réécritures à se faire cautionner par Dieu et légitimer nos positions. Car j’aimerais vous entretenir maintenant sur les impacts sociaux politico  économiques de Dieu.

Les doctrines religieuses ont façonné l’organisation de la vie en société de nos pays. Le rapport par rapport à l’autorité, le rôle de la femme, les jours fériés (fêtes religieuses). Le système éducatif y passe. Tantôt on loue la bravoure, tantôt la soumission. Autant de choses qui contribuent à modeler les humains. La Bible et le Coran font des miracles là où les manuels et les cours d’Education Civique ont échoué. Au pays, c’est rare de voir des gens satisfaire aisément leurs besoins autour des couvents, forets sacrées et autres. Un ‘’légba’’ vaut milles fois des panneaux ‘’interdit d’uriner ici’’.

 

Récemment au Togo, la conférence  des évêques du Togo a publié une lettre pastorale dans laquelle elle essaie de relever les maux dont souffre le pays et propose des solutions pour le guérir. Les mauvaises langues ont critiqué comme d’habitude évoquant la valse que dansent le prélat et les autorités  depuis des années. D’autres encore ont bien accueilli cette lettre car venant des leaders spirituels, la population majoritairement chrétienne pourrait être touchée et faire avancer les choses. Combien ne cherchent pas le soutien des autorités religieuses dites morales lors des élections ? L’Afrique n’est pas le seul.

Au grand marché  de Lomé (l’économie ne se résume pas à acheter et à revendre), certaines marchandises sont l’apanage de certaines religions (venant du sahel  et). On a aussi certains quartiers exclusivement musulmans (les Zongo). Y faire commerce  de viande de porc ne doit pas être rentable. Les banques islamiques réussissent sinon investissent plus dans les pays musulmans. J’en connais des radicaux qui ne fréquentent pas pour cette raison certaines banques. L’argent (un dieu en soi pour certains) possède la religion de son propriétaire. Kadhafi s’arrangeait toujours pour construire une mosquée à coté de ses investissements. C’est aussi fou comment des radicaux de différents bords religieux se retrouvent  pour faire des affaires faisant ainsi abstraction le temps de gagner un peu d’argent,  leur sacro-sainte bigoterie. Dieu, quel que soit la conception qu’on en a est inexorablement présent dans toutes les couches de nos vies. Ne pas croire, c’est croire. Pareil pour ceux qui ne croient pas en son existence. L’évidence est qu’il a été sujet de manipulations. On en a fait ce qu’on veut. Je m’y mets aussi.

Dieu a été toujours noir. De par sa couleur. Puisqu’il ne la jamais clairement défini lui-même. Ceci n’engage que moi, définissez le comme vous le voulez. Avant les premiers blancs en Afrique, mes ancêtres connaissaient Dieu. Nous  l’appelons toujours Tohouéno ou Esso. Comment l’imaginaient t ils ? Noir bien évidement. Soyez en surs, il a aussi de bons collaborateurs comme ses compères blancs….. De par ses sentiments. Il est Amour. Le Noir n’aime pas ? Il n’aime pas l’injustice. Le noir aussi. Il est humble. Le Noir l’est de trop. De par ses actes. Il veut être adoré, bah nous aussi. Depuis il est le seul Dieu et ce pour l’éternité, nos présidents a vie veulent lui ressembler. Le plus important est qu’il nous a créés selon sa ressemblance. Que ne lui ressemblons-nous pas ? Ah il est Noir parce que je le CROIS ainsi.

Pourquoi doit-il demeurer noir ? Au risque de ne plus exister. Il en va de la survie même des peuples noirs et africains. Nous sommes la seule race qui adore un Dieu avec des prophètes ne partageant pas la couleur de notre peau. Je ne fais pas l’apologie du vaudou ici, mais renier cela c’est renier sa culture  au risque d’oublier notre histoire. C’est au bout de l’ancienne corde qu’on tisse la nouvelle dit un proverbe de chez moi. Des traces d’africanités dans nos religions ne seraient pas mauvaises. Le nombre de croyants diminue nous dit-on chaque jour. Pourtant l’Islam gagne des âmes. Au vu des enjeux je dirais que le monde arabe prend sa place et gagne du terrain. Sur le plan géopolitique, économique etc. Ils arrivent ainsi à faire évoluer  leurs idées, leur mode de vie avec tous les avantages économiques qui suivent (vente d’habits, construction de mosquées, contrats etc…). L’Afrique Noire devrait s’en inspirer. Et c’est faux si vous pensez que c’est un fait nouveau. Le christianisme catholique a fait pareil hier(les croisades). Les grecs avant eux. Il y a eu le même déferlement sur l’Afrique. On s’est servi de la religion pour faire son expansion coloniale. Avec des raisons fallacieuses de missions civilisatrices. Aujourd’hui elle a pris la forme de missions évangéliques. Malheureusement nos dirigeants ont remplacé les colons d’avant. Avec une totale maitrise (sous forme de laisser-aller volontaire qui fait leur affaire) de ces églises. On en retire surement des choses. Plus qu’on en perd ? Loin de moi l’idée de faire comme la Chine qui préfère le Petit Livre Rouge a la Bible, au Coran ou encore aux préceptes de Bouddha. La religion est l’opium du peuple disait Karl Marx. Et si on ne la fumait pas ? Ou encore si on réduisait la dose de stimulants ? Dieu se doit d’être noir pour qu’on s’y retrouve. Pour qu’on s’identifie à lui dans nos malheurs. Nous lui reprochons notre condition au lieu de travailler. S’il est noir (comme nous), le mérite  lui reviendra de nous avoir au moins décomplexés (si si, il y en a encore qui le sont). Imaginez, Dieu est noir, donc je peux faire ce qu’il fait. Nos ancêtres à mon humble avis étaient  de meilleures personnes que nous. Sur le plan du travail, du respect, de la discipline (avant le colon). Le travail était louable au  lieu du Dieu providence qu’on nous inculque. J’adore les adeptes des mannes des ancêtres dans leur culte avec le strict  respect des us et coutumes.

Accepter la religion de l’autre c’est accepter être sous son joug. Si la Russie accepte le christianisme mais a sa façon. Une hiérarchie différente, un prélat différent, un pape différend. Si les coptes ont leur système. Si Marie est noire au sud des Amériques. Si d’autres élèvent le travail au rang de Dieu. Si mes amis chinois disent qu’ils croient maintenant en l’argent (mao doit se retourner dans sa tombe).  Et si détourner ce peuple (noir) de Dieu semble impossible, autant changer dans la façon dont il le conçoit. On se doit aussi de l’utiliser à notre façon, de le voir à travers nos yeux et qu’il agisse surtout à travers nous et non en passant par des canaux usités mais qui nous empêchent d’évoluer. Nous n’existons alors pas sans notre Dieu, nos prophètes, nos idéaux. C’est aussi important que nos indices économiques. Dieu, celui Noir a encore du chemin devant lui. Les confréries musulmanes sénégalaises ont compris l’enjeu. Dieu se doit de rester noir, pour lui et pour nous.

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